Dédougou : un mécanisme citoyen apaise les conflits fonciers et inspire la gouvernance locale
Dans un contexte national marqué par la pression foncière, l’urbanisation rapide et la fragilisation de la cohésion sociale, la commune de Dédougou se distingue par une initiative locale innovante : le Cadre citoyen de concertation et de dialogue pour la prévention des conflits fonciers et la promotion du vivre-ensemble (CCC/D/PVE). Une expérience désormais considérée comme un modèle de régulation communautaire, dont les résultats ont été analysés lors d’un atelier de capitalisation tenu les 29 et 30 janvier 2026.
Une initiative née d’une crise foncière
Le CCC/D/PVE a été initié en 2018 à la suite d’une marche régionale de protestation contre les spoliations et spéculations foncières. Les tensions répétées autour de l’accès à la terre, l’incapacité des mécanismes institutionnels à résoudre certains litiges et les risques pour la cohésion sociale ont conduit les populations à créer leur propre espace de dialogue. Le dispositif a été formalisé en 2020 par la mise en place d’un bureau communal et progressivement renforcé par des sous-comités sectoriels et villageois.
Animé par les populations elles-mêmes, ce cadre repose sur des valeurs de volontariat, de neutralité et d’action désintéressée, facteurs qui expliquent en grande partie sa crédibilité sociale.
Plus de 257 conflits pris en charge
Depuis sa mise en place, le cadre a traité plus de 257 conflits fonciers dans la commune, dont une grande majorité résolue à l’amiable grâce à la médiation et au dialogue.
Parmi les cas marquants :
- environ 160 litiges liés à des expropriations ou doubles ventes ont été réglés par concertation ;
- un conflit intrafamilial impliquant 96 différends fonciers a été entièrement résolu sans recours judiciaire ;
- seuls 25 dossiers ont été transmis à la justice, illustrant l’efficacité de la médiation locale.
Ces résultats témoignent d’un changement de paradigme : la résolution pacifique devient l’option privilégiée avant toute procédure judiciaire.
Quand le dialogue évite l’escalade
L’un des cas emblématiques concerne le lotissement de Souri en 2023. La décision administrative de lotir une zone habitée, combinée à un déficit de compensation et à un manque de transparence dans l’attribution des parcelles, avait provoqué de fortes tensions sociales avec risques de violences.
Le CCC/D/PVE a mis en place un processus structuré : saisine des acteurs, concertations locales, formulation de propositions, plaidoyer et décision corrective. Résultat : les personnes affectées ont obtenu une compensation effective, les tensions ont diminué et la confiance envers les autorités s’est progressivement rétablie.
Cette expérience confirme qu’un dialogue inclusif et neutre peut produire des solutions durables là où l’approche coercitive échoue.
Des pratiques locales devenues références
L’analyse collective a mis en évidence plusieurs pratiques jugées particulièrement efficaces :
- la médiation fondée sur les valeurs socioculturelles locales ;
- la tenue régulière de sessions de dialogue ;
- la documentation systématique des conflits dans un registre ;
- la sensibilisation communautaire ;
- le plaidoyer basé sur des données concrètes.
Certaines de ces pratiques ont obtenu des évaluations quasi parfaites, notamment la médiation traditionnelle et les actions de sensibilisation, toutes notées au maximum pour leur impact, leur transparence et leur potentiel de réplication.
Un mécanisme reconnu mais encore fragile
Malgré ses résultats, le cadre fait face à plusieurs défis :
- participation insuffisante de certains groupes sociaux, notamment jeunes et femmes ;
- absence de sous-comités dans certains villages ;
- intimidation occasionnelle de membres ;
- faible implication de certains chefs coutumiers ;
- manque d’accords formalisés avec les institutions publiques.
Ces contraintes montrent que la consolidation du dispositif nécessite un soutien institutionnel plus structuré.
Un modèle de gouvernance locale réplicable
Les travaux de capitalisation ont conclu que le CCC/D/PVE possède un fort potentiel de duplication dans d’autres communes grâce à :
- son faible coût de fonctionnement ;
- son ancrage communautaire ;
- sa flexibilité organisationnelle ;
- son efficacité démontrée.
Un plan en six phases a été proposé pour faciliter la réplication : sensibilisation des autorités, création du cadre, déploiement des médiations, structuration des données, prévention institutionnelle et suivi.
Une leçon pour les politiques publiques
Au-delà de ses résultats locaux, l’expérience de Dédougou met en lumière une réalité souvent sous-estimée : les solutions les plus durables aux conflits fonciers ne viennent pas uniquement des institutions centrales, mais aussi des mécanismes citoyens de proximité.
Les principaux enseignements tirés sont clairs :
- la prévention coûte moins cher que la gestion de crise ;
- la neutralité des facilitateurs renforce la confiance ;
- l’inclusion sociale améliore l’acceptabilité des décisions ;
- la communication anticipée évite les tensions.
Vers une institutionnalisation des cadres citoyens
Les recommandations issues de l’atelier appellent à :
- intégrer des mécanismes de dialogue foncier dans les projets d’aménagement ;
- renforcer la transparence et le suivi des compensations ;
- soutenir la médiation locale ;
- institutionnaliser les cadres multi-acteurs.
Si ces mesures sont mises en œuvre, le modèle de Dédougou pourrait devenir une référence nationale en matière de prévention des conflits fonciers et de consolidation du vivre-ensemble.
En définitive, l’expérience du CCC/D/PVE démontre qu’une gouvernance foncière apaisée est possible lorsque citoyens, autorités et leaders communautaires travaillent ensemble. Dans un contexte régional souvent marqué par les tensions autour de la terre, Dédougou offre ainsi un exemple concret d’innovation sociale et de résilience locale.








