|

Dédougou : un cadre citoyen pour prévenir durablement les conflits fonciers

Dédougou, 24 janvier 2026 . La question foncière, source récurrente de tensions communautaires au Burkina Faso, était au cœur d’un atelier organisé par le Cadre de Dialogue et de Veille Citoyenne (CDVC) de Dédougou, avec l’appui du Centre d’Études et de Recherche Appliquée en Finances Publiques (CERA-FP). Cette rencontre a réuni acteurs locaux, organisations de la société civile et experts autour d’un objectif commun : poser les bases d’un mécanisme durable de prévention et de gestion des conflits fonciers dans la commune.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par le mot de bienvenue du président du CDVC, Monsieur Kadinza Lamoussa, suivi du discours officiel d’ouverture prononcé par le président du conseil d’administration du CERA-FP, Monsieur Dembélé Yoropo Abdoul. Après ces allocutions, les participants sont entrés dans le vif du sujet à travers une analyse partagée de la situation.

Trois constats majeurs ont été dressés. D’abord, les conflits communautaires demeurent une réalité préoccupante au Burkina Faso, comme le souligne un rapport de 2021 du Ministère de la Justice, des Droits humains et de la Promotion civique. Ensuite, la région de la Boucle du Mouhoun, aujourd’hui scindée en Bankui et Sourou, figurait parmi les zones les plus touchées, avec 57 conflits recensés entre janvier et septembre 2024 par l’Observatoire régional de prévention et de gestion des conflits (OREPREGEC). Enfin, au niveau local, les tensions liées au foncier apparaissent comme la principale source d’inquiétude dans la commune de Dédougou, capitale de la région de Bankui.

Ces réalités ont motivé la mise en place du Cadre Citoyen de Concertation et de Dialogue pour la prévention des conflits fonciers et la promotion du vivre-ensemble (CCC/D/PVE). Les travaux ont bénéficié des analyses de deux spécialistes du foncier et de la médiation des conflits, le Dr Kondé Mafing et Monsieur Sarambé Adama. Le premier a exposé en détail la problématique foncière au Burkina Faso et les textes juridiques qui l’encadrent, historique, acquis et limites, tandis que le second a présenté, exemples à l’appui, les causes, les impacts et les pistes de solutions pour une gestion apaisée des litiges fonciers.

Les experts ont unanimement reconnu le caractère récurrent et préoccupant des tensions communautaires dans les régions Bankui-Sourou, particulièrement à Dédougou, soulignant leurs effets négatifs sur la cohésion sociale et le développement local. Ils ont salué, à cet égard, le rôle déterminant du CDVC dans la promotion de la paix. Toutefois, les participants ont déploré l’absence de certaines autorités administratives et de chefs coutumiers, pourtant attendus pour renforcer la portée inclusive du dialogue.

Au terme des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées. Parmi les plus importantes figurent l’adaptation d’outils de communication foncière au niveau communal, la préservation des réserves administratives et industrielles, la création d’un mécanisme local de gestion des plaintes foncières incluant une plateforme en ligne, ainsi que la mise en place d’un guichet d’appui-conseil pour la sécurisation foncière. Les participants ont également insisté sur la nécessité de formaliser un cadre citoyen permanent de prévention des conflits, de renforcer les capacités des commissions foncières villageoises et de valoriser les expériences locales réussies.

L’atelier s’inscrit dans la mise en œuvre du projet « Renforcement de la participation citoyenne et de la redevabilité dans la gestion des finances publiques – Phase 3 », soutenu par Oxfam au Burkina Faso. Pour les organisateurs, cette initiative constitue une étape décisive vers l’instauration d’un dialogue structuré et inclusif autour du foncier, condition essentielle pour consolider le vivre-ensemble et soutenir le développement durable dans la commune de Dédougou.

Par KADINZA Lamoussa / CDVC-Dédougou

Similar Posts

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *